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Urbania – Spécial Gros

8 mars 2011

À vrai dire, je ne sais pas trop par où commencer.

Je vous l’ai souvent dit. J’aime repousser mes limites… Aussi petites soient-elles. J’ai le coeur sensible, je suis comme on peut dire fragile, une p’tite nature en quelque sorte.

Sans blague, j’étais loin de me douter de ce qui m’attendait en acceptant ce reportage pour le magazine Urbania dans leur spécial Gros. Quand  Catherine, la rédactrice en chef m’a proposé le sujet, j’étais vraiment emballé. Ça faisait un bail que j’avais mis les pieds dans la rue pour faire un reportage. On m’a proposé de documenter le transfert d’un obèse morbide de l’hôpital jusqu’à la chambre de son CHSLD.

Pfffff facile.

6:00 du matin, je me présente à un endroit éloigné de mon habitat naturel qu’est le plateau. Mon espèce de petit confort. En dépassant le 6600 Jarry Est, j’aurais dû me douter que ce ne serait pas une partie de plaisir.

On commence à faire le tour du repère des ambulanciers, les installations, l’escouade spéciale gros, toute la fine équipe.

En entrant dans le bureau de Mario(père de l’escouade spécial gros) j’aperçois 2 documents savamment placés sur la table intitulés « Que faire en cas de décès? ». C’est à ce moment-là que j’ai pensé mon premier « qu’est-ce que je caliss icitte ».

Premier call qui entre, on a besoin de l’escouade pour emmener une dame à son rendez-vous chez le dermatologue. Tout ce qui a de plus banal en fait.

On se rend dans le chic Verdun. Celui dont on entend souvent parler. Pas la revitalisation avec les bons petits resto. Le Verdun un peu crade qui habite généralement ce que les autres ne veulent pas vraiment voir.

La dame nous autorise à entrer et prendre des photos. Thanks.

Entre donc dans la cuisine avec le journaliste, les 4 ambulanciers, la civière, la travailleuse sociale et la résidente. Elle avait dit 300 livres au répartiteur. C’était plutôt entre 400 et 450.

C’est à ce moment-là que ç’a commencé à déraper dans ma tête. Que j’ai commencé à comprendre tout ce que l’obésité morbide pouvait entraîner. Comme qui disent lourd de conséquences.

Mario lui demande si elle a des plaies qui coulent. Mon 2e « qu’est-ce que je caliss icitte ».

La dame lui répond oui. Voilà mon 3, 4 et 5e « qu’est-ce que je caliss icitte ».

Avec l’aide de 4 ambulanciers, son mari et la travailleuse sociale, ça prit une bonne demi-heure pour lui faire parcourir le pied de distance séparant sa chaise de la civière. Tout ça accompagné de larme, crise d’angoisse et tout.

Ce n’est pas compliqué son corps n’est pas fait pour supporter 400 livres. Si par mégarde elle était tombée, elle aurait probablement fini sa vie 2 ou 3 ans plus tard, alité et incapable de faire quoi que ce soit.

Une fois sur la civière, les ambulanciers doivent utiliser une toile spéciale pour réduire la largeur des patients. Ils ramènent donc la bedaine de la personne sur son propre corps pour pouvoir les déplacer et qu’ils soient capables de passé le cadre de porte. Ça fait mal, ça les étouffe, ils ont de la misère à respirer, ils deviennent bleus. C’est la façon de faire la plus respectueuse, la moins douloureuse, la meilleure quoi …

Le meilleur du pire finalement.

Tous des détails auxquels moi, du haut de mon 150 mouillés ne pensait pas.

Petite ride d’ambulance, j’essaie de discuter avec la dame. Pas par voyeurisme, pas par compassion. Parce que j’aimerais quand même ça l’aider et que son histoire m’intéresse.

Moi et Guindon, le journaliste, on reste dans l’ambulance pendant le rendez-vous. C’est déjà pas mal comme ça.

Le cirque repart, on ramène la dame chez elle. 2e crise d’angoisse.

Elle se rassoie sur la chaise du départ, tout le monde applaudi, on s’en va.

Le nouveau client est plus qu’un client. C’est un ancien ambulancier, un ami de Mario. C’est entre autres lui qui a aidé et servi de modèle pour développer toutes les techniques relatives à l’escouade Gros.

Arrivé à l’hôpital, on monte dans la chambre, on se présente. On jase un peu. Je suis impressionné. L’homme est couché, fait approximativement 54 pouces de large. Un lit double équivaut à 52 pouces en largeur.

Fred vient tout juste d’être lavé par les préposés, il est prêt à rentrer chez lui après 2 mois de séjour.

Le lève-personne soulève tranquillement Fred qui pendouille dans une espèce de toile. Le verdict tombe. Il fait très exactement 647 livres.

Alors qu’on le soulève, ses plaies de lit s’ouvrent et laisse coulée du pu. Genre pas mal. Genre, assez pour faire une flaque de la largeur de son lit qui doit faire une soixantaine de pouces de large.

À ce moment exact, je perds le décompte des « qu’est-ce que je caliss icitte »… Je dois être rendu à 20 ou 25.

On le positionne sur la civière, le strap. En plus de souffrir physiquement, il souffre mentalement. D’être obligé de déplacer 2 ambulances pour son transport, de ne pas pouvoir se laver, de ne pas pouvoir aller aux toilettes, marcher, sortir, prendre du soleil, fumer au pire. Fred  est alité 100 % de son temps, de sa vie. Il salue les préposés et les infirmières qui se sont occupés de lui en pleurant. On ne se cachera pas, ça fait un peu bizarre de voir un homme de 650 livres pleurer.

En sortant de la chambre, il pleure, serre des mains, souhaite ne plus jamais revenir ici, on en doute, mais on lui souhaite aussi.

Il se tourne vers moi, relève la tête tant bien que mal et me fait une grimace alors qu’il glisse doucement à l’extérieur de la chambre. Tout va bien.

Rendu dans le stationnement des ambulances, je lui demande si on peut arrêter le processus pour prendre quelques photos un peu plus stagé. Il me dit oui. Je dois me dépêcher, il commence à devenir un peu bleu à cause de son ventre qui l’étouffe.

Fast-foward jusqu’à son CHSLD. Il est de retour dans son lit avec son ordinateur, ses films et sa vie. Sa chambre est tapissée d’ancienne photo de lui alors qu’il était encore ambulancier.

J’offre aux 4 ambulanciers et à Fred de prendre une photo tous ensemble. Pour l’occasion, il revêt sa casquette Urgence-Santé.

Les gars descendent en bas préparer les ambulances pour le retour au poste. Je reste seul avec Fred pour prendre quelques dernières photos.

Je le remercie et il me répond : « Ah tu sais, si ça peut ben aider quelqu’un… »

C’est la que j’ai compris ce que je crissais là….

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4 commentaires leave one →
  1. bencoudonc permalink
    8 mars 2011 6:18

    t’as fètte deus fôtes:
    « qu’ils soient capables de passer le cadre de porte »
    « s’ouvrent et laisse couler du pus »

  2. Loulou permalink
    8 mars 2011 6:28

    J’ai beaucoup aimé ton article. C’est crû mais direct et ça a le mérite de faire passer le message ! Je suis aussi une « grosse » mais pas à ce point là ! Et puis en lisant ton article ça me pousse à continuer à prendre soins de ma santé et à perdre du poid… c’est difficile pour les gens qui n’ont jamais vécu cela de comprendre comment on peut en être rendue là… donc merci et appréciez votre santé !

  3. 27 septembre 2014 5:49

    Pour la plupart des gens c’est horrible mais pas pour moi, c’est mon genre de femme et plus est est grosse plus je la trouve belle et sexy 🙂

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