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La plus grande décision de ma vie

16 novembre 2011

S’est prise il y a près trois ans.

Il faut dire que je n’ai pas un cheminement conventionnel pour un photographe. Je n’ai jamais vraiment été un fan des écoles de photos, j’ai appris pas mal par moi-même dans le sous-sol de chez mes parents à photographier des canettes de 7up. Un jour quelqu’un a vu ce que je faisais par le biais d’un forum internet, il m’a lâché un coup de fil, deux semaines plus tard j’emménageais dans la grande ville et j’avais un boulot au 24H Montréal. N’ayant jamais fait de photos professionnelles auparavant et n’ayant jamais touché le « vrai » terrain, ç’a été, et de loin, une des périodes les plus stressantes de ma vie. À 19 ans, je passais d’une ville à la population d’environ 45 000 habitants à près de 3 millions. Lorsque j’ai emménagé, c’était la 2e fois que je mettais les pieds sur l’île. J’étais effrayé.

Malgré tout, j’ai embrassé ce travail autant que j’ai pu et j’ai apprivoisé Montréal autant que je pouvais.

À peine 8 mois après avoir été engagé, la direction de Québécor a décidé de placer le Journal de Montréal en lock-out. On s’avait que ça s’en venait, Dany Doucet bras droit de Voldemort, était venu nous voir dans les bureaux du 24h pour s’assurer de notre « entière collaboration durant la guerre à venir » près de 2 semaines avant le 24 janvier.

Reste que la petite(très) communauté du photojournalisme montréalais a été plus qu’ébranlée. Plusieurs de mes confrères avec qui j’avais évolué en tant que photographe se retrouvaient à la rue, dont Rogerio Barbosa qui a suivi le mouvement ayant été au JDM quelque temps auparavant. Rogerio, c’est lui qui m’a référé au 24H pour que j’aie une job.

J’avais un très gros conflit intérieur entre mes valeurs et le travail merveilleux que j’exerçais. Par contre, quand je me suis levé le matin du 4 février 2009 j’ai vu une photo que j’avais prise dans le Journal de Montréal. Une photo banale de conférence de presse comme on faisait si souvent au 24h. Serena Ryder et Florence K annonçaient une série de spectacles, pas de quoi faire un drame. Sauf pour moi. Le Journal de Montréal venait, photographiquement parlant, d’ouvrir l’étanchéité des salles de nouvelles. Ça ne veut pas dire grand-chose pour le commun des mortels. Mais pour un photographe qui aime son travail, qui veut en préserver les conditions, c’était un coup très dur.

Le 4 février 2009 à 16h30, je donnais ma démission comme photographe au journal 24 Heures.

J’avais en tête l’après-conflit. Qu’est-ce qui s’en vient vraiment et quel est le plan global de Quebecor? J’avais l’impression d’avoir été engagé pour boucher un trou lors du conflit et qu’ensuite je serais délaissé, sans doute renvoyé et peut-être récupéré par QMI, comme les 14 journalistes de l’équipe web du 24Heures avaient été renvoyés très cavalièrement seulement 2 semaines après mon entrée au journal.

Alors le 4 février 2009, à l’âge de 19 ans, je donnais ma démission à l’empire en espérant des jours meilleurs.

J’ai été rancunier très longtemps. J’ai comme on dit, vécu pauvre, pendant un peu plus d’un an, ne voulant pas d’un deuxième emploi et voulant me consacrer entièrement à la photographie. J’ai mangé beaucoup trop de beurre de peanut pour encore avoir le luxe d’aimer ça et j’ai appelé beaucoup trop souvent mes parents pour avoir un peu d’aide pour régler le loyer…

À 19 ans, j’avais le luxe de ne pas avoir d’enfant, de dettes, d’hypothèque, what else? Mes confrères Sebastien St-Jean et Éric Bolté, eux, n’avaient pas ce luxe. Ils avaient des enfants à nourrir, une voiture et une maison à payer.

Ce matin, 16 novembre 2011, ils ont été convoqués dans les bureaux de la direction du 24Heures Montréal, reçu par un huissier et un avocat, pour être renvoyés sur-le-champ.

Les journalistes prendront maintenant leurs propres photos.

Sébastien et Éric, j’espère que vous aurez la chance que j’ai eu de tomber sur les bonnes personnes au bon moment.

Je vous souhaite le plus sincèrement, la meilleure des chances.

http://www.sebastienstjean.com/

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One Comment leave one →
  1. phiben permalink
    17 novembre 2011 5:43

    Bonjour, j’ai lu votre article:belle histoire et félicitation. Pour moi, j’ai toujours dessiné, et un jour un directeur de comm m’a donné ma chance en me faisant réalisé une affiche pour des élections. malheureusement le service a été dissout, faute de budget. Voilà la « chance » existe et les bonnes rencontres au bon moment….
    a-phil http://dimension50.wordpress.com/

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